Agglomération bordelaise: la cohérence, c’est d’abord la démocratie

Claude MellierCe 25 octobre, le conseil de CUB avait à se prononcer sur le schéma de cohérence territoriale de l’Aire métropolitaine bordelaise (SCOT). L’ensemble du conseil a émis un avis plutôt réservé, doutant de disposer véritablement des outils pour combattre l’étalement urbain, maîtriser le développement des zones commerciales et s’attaquer aux inégalités territoriales. Le groupe des élus communistes et apparentés, c’est lui abstenu sur l’avis de la CUB, estimant que le mal est plus profond. Comment discuter coopération içi alors que c’est la concurrence qui partout est organisée ? Voici l’intervention de Claude Mellier à ce sujet :

« Ce n’est pas un travail facile auquel se sont appliqués les élus et les agents des collectivités dans ce dossier. Comment en effet construire un schéma de cohérence territoriale quand chacun est à longueur de temps, invité à faire valoir son « attractivité » et ses « avantages concurrentiels » face au voisin ? Ici on s’arrache les zones d’entrepôt logistique, là on compare ses biscotos en matière d’économie numérique, là-bas on manœuvre pour ne pas voir l’aéronautique s’envoler trop loin,… Et nulle part ou presque on parle aménagement du territoire, mieux-vivre, rapprochement des lieux de travail et lieux d’habitation, maillage territorial des services publics, etc.

Partant de ces considérations, nous apprécions donc évidemment les efforts faits par la CUB pour que ce document prenne en compte la nécessité de maîtriser la consommation foncière, préserver les espaces naturels, stopper l’étalement urbain et densifier les populations autour des axes de transports. C’est le résultat de la prise de conscience que notre agglomération était devenue excluante et que la lutte contre la pollution atmosphérique n’était pas l’affaire de chaque citoyen dans son coin mais bien une question d’aménagement global du territoire.

Sur ces sujets, la CUB a obtenu des avancées non négligeables. Et les réserves émises dans cet avis sont la preuve d’un certain niveau d’exigence et d’ambition.

 Nous n’avons cependant pas d’illusion. La CUB serait plus crédible à exiger de ses voisins un comportement vertueux en matière de consommation de foncier, si les 28 villes réalisaient un effort plus marqué en matière de construction de logements sociaux. Et notre position (légitime) sur la limitation des nouvelles surfaces commerciales seraient peut-être plus audible pour nos voisins si on n’avait le sentiment d’un développement aussi un peu fou au cœur même de l’agglomération.

 Enfin, les conclusions de cet avis posent elle-mêmes les limites du travail effectué. Deux questions sont en relief : celle du suivi des ambitions contenues dans ce SCOT et celle du rayonnement au-delà du territoire du Sysdau. Sur ces questions, il est cocasse que ceux qui s’irritent parfois du mille-feuille administratif au point de vouloir faire feu sur le département comme institution démocratique représentative, préconisent aujourd’hui d’en rajouter avec des comités de suivis et des instances inter-SCOT. Je vous le demande chers collègues, si le conseil général est parfois en manque de lisibilité auprès des citoyens, que peut-il bien en être d’un inter-SCOT ?

Quand on affaiblit le département, c’est l’outil de solidarité entre les territoires qu’on attaque. Et on voit mal dans ces conditions comment les exigences de la CUB pourraient être vécues autrement que comme une volonté de maîtrise de la part d’une métropole sur ses périphéries. C’est une pente dangereuse sur bien des aspects, et y compris sur le sentiment que peuvent en retirer les habitants repoussés dans des territoires où toute intervention publique est désertée.

Il n’est à ce titre pas anodin d’observer que là où tout le monde était d’accord sur la nécessité de densifier autour des pôles urbanisés et autour des axes de transports en commun, le document parle maintenant de « recentrage » sur le cœur de l’agglomération. Faut-il y voir les premières conséquences de la loi sur la mise en place des métropoles ? Recentrer sur la CUB, c’est faire l’inverse de ce pour quoi les acteurs du Sysdau s’étaient mis autour de la table.

 Ce qui met en évidence que le chantier d’une véritable réforme de l’organisation démocratique territoriale est toujours ouvert. Une réforme qui, à l’inverse de l’acte de centralisation actuellement en discussion, soit rédigé avec les territoires et vise à l’appropriation citoyenne. Pour nous, c’est une des étapes nécessaires pour dépasser la crise grave de cette 5ème République. Et passer à la suivante.

 Nous nous abstiendrons donc sur cet avis. »

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