Centre-ville: au-delà des polémiques, l’expulsion réelle des classes populaires

Alors que le débat fait rage autour de la « gentrification » et de ses conséquences dans le centre de Bordeaux, Odile Blein est revenue lors du conseil de métropole sur le sujet, en s’attachant au cœur du problème selon elle : l’accès au logement. C’est d’ailleurs à l’occasion de l’exposé du bilan de l’action d’Incité qu’elle a pu faire cette intervention :

« Ce bilan de l’action d’Incité a été l’occasion d’un long débat en commission Urbanisme. Je vais pour ma part tenter d’alimenter le débat sans entrer dans la polémique.

Depuis plusieurs années déjà, notre groupe a dit le bien qu’il pensait de l’action d’Incité pour résorber des situations d’insalubrité et de mal-logement inacceptables dans le centre de Bordeaux. C’est un travail indispensable qu’il ne s’agit pas de remettre en cause. D’autant qu’il a permis de contenir pour partie la pression spéculative sur des quartiers comme Saint-Michel.
Force nous est cependant de constater que cette action est aujourd’hui insuffisante. Certainement parce que les objectifs l’étaient eux même, notamment en matière de relogement dans le quartier d’origine.

De ce point de vue, le débat public sur le quartier Saint-Michel nous paraît assez mal posé. La question n’est pas selon nous de savoir si telle ou telle catégorie de la population a le droit de venir s’installer dans les quartiers populaires. La question posée est bien celle de savoir si les classes populaires pourront continuer d’y vivre ! De ce point de vue, nous notons des phénomènes inquiétants que les politiques publiques, pourtant volontaristes sur la métropole, n’arrivent pas à endiguer. Quand années après années, les prix de l’immobilier continuent de flamber sur notre agglomération c’est sûrement le signe de l‘attractivité de celle-ci, mais quand les ménages les plus modestes continuent d’être repoussés aux périphéries de la métropole et que les syndicats étudiants relatent des situations de jeunes vivant dans leur voiture, c’est aussi le résultat d’un certain laisser-faire.

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Le mot est fort mais nous ne comprenons pas, monsieur le président, l’entêtement d’une partie des élus à ne pas vouloir se saisir de tous les outils à notre disposition pour lutter contre la spéculation immobilière. Nous avons saisi l’outil de régulation face à Airbnb qui, malgré ses dénégations, contribue à vider le centre-ville d’une partie de ses logements et donc de ses habitants. Nous devons aussi saisir l’outil législatif de l’encadrement des loyers. Ce n’est pas une recette miracle. Pas plus que la régulation des locations Airbnb. Mais c’est la moindre mesure que nous puissions prendre quand le phénomène de spéculation est si fort. C’est une mesure de protection des populations les plus fragiles, des familles, des étudiants. Nous demandons donc, une fois de plus, qu’elle soit sérieusement mise à l’étude sur des périmètres et conditions qui restent à définir.
Évidemment, cette mesure doit aussi s’accompagner d’un maintien de l’effort de densification de l’habitat, en respectant le caractère social des logements produits et en respectant la qualité de vie des futurs habitants comme des anciens. Et cela nécessite que le gouvernement revienne sur les décisions absurdes prises depuis en cette rentrée dans ce domaine, la plus absurde étant la baisse des APL et les attaques contre les budgets des offices HLM.

Voilà, monsieur le président l’intervention que nous voulions répéter ce matin. En espérant être cette fois entendus.

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