Concentrer, décentraliser, philosopher

« Concentrer pour mieux décentraliser », voici un sujet de philosophie qui aurait sans doute fait des dégâts dans les rangs des postulants au Baccalauréat ! C’est le grand écart intellectuel auquel se livrent quelques « grand élus » ces derniers jours. Insatisfaits que le Sénat, ce repère de gauchistes (sic), ait retoqué leur projet de décret sur le Grand Paris, certains élus proposent à présent de fondre 4 départements d’Ile de France en un seul… Et ceci – ne riez pas…, au nom de la… oui oui, de la… décentralisation !

Une logique qui conduit aussi le gouvernement à pousser à la création de « métropoles » partout en France (Lyon, Marseille, Bretagne, Strasbourg, Bordeaux,…) tout en poursuivant l’affaiblissement des départements et en niant le rôle démocratique que devraient jouer les communes. Affaiblir la proximité et concentrer les pouvoirs loin des citoyens, ce n’est pas décentraliser, c’est répondre aux appétits des marchés. Ceci dit sans philosopher.

Une logique contre laquelle notre collègue sénateur communiste du Val-de-Marne, Chritian Favier, s’est virulemment opposé. Voici son communiqué :

Fusion des départements de petite couronne: une totale opposition

CRETEIL, le 13 juin 2013

Quelques jours après avoir été rejeté par le Sénat, le projet de métropole du Grand Paris revient sous une forme très inquiétante.

En effet, certains, à droite mais aussi à gauche et c’est très alarmant, préconisent la fusion des départements des Hauts-deSeine, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et de Paris.

Je veux très clairement dire ma totale opposition à une telle perspective.

Opposition pour trois raisons essentielles :

La première relève du bon sens. Les départements constituent en zone urbaine, comme en zone rurale les vecteurs principaux des solidarités et des cohésions sociales et territoriales. Au moment où la crise frappe si fort, vouloir les fragiliser ou les éloigner des populations relève de l’absurdité la plus totale.

La seconde tient à la démocratie. Instaurer une collectivité rayonnant sur plus de 6 millions d’habitants, c’est construire un monstre technocratique éloigné des citoyens et des enjeux des territoires. C’est aller à l’encontre du principe fondamental de la décentralisation de rapprochement des lieux de décision des citoyens.

La troisième s’appuie sur un constat politique évident. Est-ce cela qu’attendent aujourd’hui nos concitoyens ? Des très nombreuses rencontres que j’ai pu animer ces derniers mois, à aucun moment la question de la suppression des départements ne m’a été posée et ce pour une raison simple. Les habitants attendent de leurs collectivités et de leurs élus qu’ils se préoccupent de leurs besoins et non d’un chamboulement hasardeux à mille lieues de leurs préoccupations sociales, environnementales ou économiques.

Comme je l’ai toujours indiqué, je suis favorable à un développement de la coopération à l’échelle de la métropole capitale, dans la liberté d’adhésion, le respect des collectivités et du principe de non tutelle d’une collectivité sur une autre. C’est donc une métropole inclusive, coopérative et solidaire qu’il m’apparaît utile de construire aujourd’hui.

En tout état de cause, aucune modification institutionnelle de cette ampleur ne saurait s’engager sans que les citoyens concernés soient consultés. Une telle proposition devra impérativement faire l’objet d’un référendum.

Celles et ceux qui jonglent ainsi dans la précipitation avec la démocratie devraient avoir en mémoire les leçons de l’expérience alsacienne.

J’appelle donc le gouvernement à la raison et à la sérénité. La France a besoin de ses collectivités, de toutes ses collectivités pour surmonter la crise. Dans ces conditions, rien ne doit entraver la capacité d’agir des collectivités locales de la République.

Christian Favier, Sénateur, Président du Conseil général du Val-de-Marne

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