Et si les « métropoles » se préoccupaient de justice sociale et de démocratie…

Depuis plusieurs années, les élu(e)s communistes et républicains des Communautés Urbaines de France dénoncent les coups subis par nos établissements publics de coopération et nos collectivités : crise financière amoindrissant leurs moyens financiers, réduction des dotations de l’Etat, paiement d’intérêts usuriers d’une dette publique illégitime, alourdissement des charges, suppression de la taxe professionnelle, réforme territoriale… Voici la déclaration qu’ils ont rendu publique lors des 40èmes journées de l’Association des Communautés urbaines de France (ACUF) réunies les 15 et 16 novembre à Nancy.

Au final, ce sont les populations de nos territoires qui ont à souffrir de choix politiques qui détériorent les capacités d’investissement de nos communes et communautés et sacrifient les populations afin de livrer au marché tous les services et secteurs financièrement rentables. Dans le contexte de crise systémique du capitalisme que nous connaissons, l’Etat, garant de la cohérence nationale doit continuer d’assurer ses missions de solidarité, se libérer des contraintes budgétaires imposées par les traités européens qui conduisent à soumettre nos collectivités à une austérité imposée et à une libéralisation plus grande des services publics.

La décentralisation, engagée il y a trente ans, est aujourd’hui détournée dans un grand nombre de collectivités où les logiques de présidentialisation à tous les échelons institutionnels, de fiefs électoraux, de concurrence entre les territoires, ont affaibli l’action politique comme porteuse de solution, affadie la démocratie locale elle-même, éloignant les citoyens des centres de décision. Loin de nier le fait urbain, qui s’est largement renforcé ces dernières décennies, les élus communistes considèrent que cette réalité urbaine porte l’exigence de réponses à la hauteur des enjeux de démocratie, de citoyenneté, de justice sociale, d’équité spatiale au cœur du territoire urbain comme vis à vis des territoires péri-urbains. Le nouveau gouvernement de gauche a une double responsabilité en la matière : il doit abroger vraiment la réforme territoriale Sarkozy-Fillon et jeter les bases d’une nouvelle étape de la décentralisation prenant appui sur la réalité démocratique de nos territoires et la proximité.

Le débat sur la métropolisation de nos territoires ne saurait en effet exonérer quiconque de l’impératif besoin de ressourcer la démocratie de proximité favorisant l’intervention citoyenne. Car ce n’est pas du « millefeuille » dont souffre notre pays mais bien d’un déficit démocratique criant. Chaque échelon territorial est pertinent pour peu que les compétences de chacun d’entre eux soient complémentaires, respectent la subsidiarité et permettent de développer des politiques répondant aux besoins des populations. Il est du rôle d’un gouvernement de gauche de privilégier la coopération entre les territoires plutôt que leur mise en concurrence.

Nicolas Sarkozy et la droite avaient fait de la réforme des collectivités une arme au service du patronat. La gauche au pouvoir doit maintenant rétablir la fonction de nos institutions: au service du peuple.

Pour les élu(e)s communistes et républicains des communautés urbaines, l’expérimentation de « pôles métropolitains » mis en place depuis deux ans n’a de sens que s’ils participent de cette mise en coopération concrète des territoires et qu’elle s’accompagne d’une réelle réforme fiscale porteuse de justice sociale. Cela n’a également de sens que si l’Etat imagine de nouvelles ressources pour les collectivités concernées. Voilà qui romprait avec les logiques de restriction et d’austérité qui ont prévalue jusqu’à présent et serait selon nous de nature à apporter des réponses réelles aux enjeux de métropolisation de nos territoires. Car nous n’avons pas l’intention d’ignorer ce phénomène mondial de métropolisation. Mais nous n’avons pas non plus l’intention d’ignorer les crises qui frappent ces territoires urbains : crise énergétique, phénomènes d’exclusion, relégation des périphéries urbaines….

Quant aux communautés métropolitaines qui concerneraient potentiellement 3 à 5 territoires aujourd’hui très divers pour leur histoire, leur situation économique et leurs populations, il convient de clarifier ce qui est de nature à répondre aux besoins des populations et de l’activité économique au service de l’emploi et de l’investissement et ce qui s’inscrit uniquement dans une logique de compétitivité capitaliste évacuant toute possibilité de coopération.

Ces métropoles doivent donc être pensées, non pas dans une perspective d’intégration forcée, de négation des espaces de démocratie locale et de proximité que sont les communes ou les départements, ou encore de mise en concurrence avec les régions, mais dans une visée progressiste rapprochant les territoires, gommant les inégalités géographiques, sociales, économiques faisant des métropoles urbaines des intercommunalités de projets entre villes. Enfin développer des politiques publiques de justice sociale implique de se libérer du poids des marchés financiers par la création d’un pôle public bancaire.

Car l’équité sociale et économique, la préservation de l’écosystème posent la question du pouvoir. Le partager est un impératif démocratique, mais c’est aussi, nous le voyons bien concernant les relations entre nos territoires et le secteur bancaire, un impératif pour sortir de la crise économique, sociale et écologique dans laquelle notre pays et notre continent sont plongés.

 

Les élus communistes et républicains des communautés urbaines de Cherbourg, Bordeaux, Brest, Lyon, Nantes, Marseille, Monceaut-le Creusot, Toulouse,…

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