« L’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes »

Face au scandale d’Etat révélé, il faudra que le débat public porte sur la place de l’argent roi. Un débat que le secrétaire départemental du PCF, Sébastien Laborde a engagé ce matin sur son blog.  Nous reproduisons içi l’éditorial de Patrick Apel-Muller publié ce matin dans l’Humanité.

 

 

 

 

 

 « L’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes »

Les flammes de la justice léchaient déjà ses pieds; Jérôme Cahuzac  a préféré avouer après des mois de mensonges la main sur le cœur. Le scandale politique est énorme. L’homme qui tenait entre ses mains le budget de la France, qui pilotait l’administration fiscale et traquait les fraudeurs était lui-même un malfaiteur, auteur depuis plus de vingt ans d’évasions de capitaux  et de dissimulation de ressources.  Il ne s’agissait pas d’une paille… le reliquat du compte à Singapour compte encore 600.000 euros ! C’était lui pourtant le sévère censeur des dépenses publiques, l’amateur de rigueur et d’austérité quand elles touchent le menu peuple, l’apôtre du pacte Sarkozy-Merkel , à peine était-il emballé d’une faveur rose. On se souvient de lui docte et péremptoire faisant la leçon à Jean-Luc Mélenchon lors d’un débat télévisé. A s’en souvenir remonte irrépressiblement, une mise en garde de Jaurès : »Ne vous guindez pas trop sur des échasses de vertu ! L’équilibre est instable et les chutes douloureuses ».

Celui que déjà les courtisans au Parti socialiste désignaient comme « le meilleur d’entre nous », aura donc menti à ses collègues du gouvernement, au Président de la République et plus grave encore à la représentation nationale.   La faute est bien entendu personnelle mais faut-il,  quand même, s’être bien éloigné de la dénonciation par François Mitterrand  – il est vrai il y a plus de quarante ans lors du Congrès d’Epinay – de « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes » !  La faute reste personnelle mais ce brillant chirurgien qui avait conquis à la hussarde Villeneuve-sur-Lot  n’a-t-il pas jugé bien mince la transgression puisqu’autour de lui le profit était sanctifié et les marchés financiers portés au pinacle ?  Ne se trouvait-il pas encore hier un porte-parole du groupe socialiste à l’assemblée pour rendre run hommage appuyé à la présidente du Medef, pour son  rôle dans l’élaboration du  projet qui vise à dynamiter le code du Travail ? Quand on est de gauche, il faut sans trêve aller « débusquer de son repaire cette pièce de cent sous tapie, comme le disait Balzac, « au fond des consciences » (Paul Vaillant-Couturier).

Déjà, on entend monter la marée brune du « tous pourri ». Le Front national se frotte les mains, quand bien même celles de ses dirigeants, parmi les principaux, portent encore la trace des pots de confiture dans lesquelles elles ont plongé.  Trop de ceux qui peinent à joindre les deux bouts, qui doivent choisir entre le plein d’essence et celui du frigo, qui se désespèrent de voir encore l’horizon de la retraite s’éloigner, seront tentés de se tourner vers ceux qui prospèrent sur le désarroi. Mais ce qui est pourri au royaume de France, c’est une politique impitoyable pour les pauvres et douce aux puissants, ce sont les financiers aux manières de rois et les fronts prosternés devant eux, ceux des politiciens d’extrême-droite notamment.  Il convient au contraire de raviver les couleurs de la République, de donner la primauté aux citoyens et prendre pour guide l’intérêt général.  Face à ce scandale d’Etat, la justice doit aller à son terme.  Le débat public aussi.

 

Publié mercredi 3 avril 2013 dans l’Humanité

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