Quelques précisions sur les abattoirs…

 Ancien collaborateur du groupe des élus communistes à la CUB, Claude Larribaud nous a fait parvenir une petite réponse à ceux qui pensent que les abattoirs publics sur l’agglomération bordelaise n’ont jamais représenté qu’un immense gâchis d’argent. De 1977 à aujourd’hui, il détaille l’utilité sociale et environnementale de cet équipement dont la CUB a malheureusement décidé de se passer en fermant définitivement ses abattoirs sans solution alternative viable.

« Beaucoup de choses se disent, s’écrivent parfois même avec des références historiques qui n’ont d’historique que le nom. Et puisque le journal Sud-Ouest s’est récemment lancé dans l’inventaire, permettez-moi de m’y exercer à mon tour.

1977 : l’union de la  gauche conquiert de nombreuses mairies dans l’agglomération bordelaise et malgré les tentatives de Jacques Chaban-Delmas (RPR) de ne pas respecter le suffrage universel, Michel Sainte-Marie (PS) est porté à la tête de la CUB. Claude Scipion (PCF) devient vice-président chargé du MIN (marché d’intérêt national) et des abattoirs. Dès lors, celui qui est aussi conseiller général de Bégles, n’a de cesse d’améliorer ces deux services publics de compétence communautaire, à partir de trois idées simples :

     – garantir la sécurité alimentaire des consommateurs.

     – favoriser les débouchés des producteurs locaux.

    – favoriser l’approvisionnement des deux pôles par voie ferrée.

Le MIN de Brienne, après avoir absorbé le marché des « Capu », a du faire face à la disparition des maraichers locaux dont les terres (à Blanquefort, Bruges, Bordeaux-Nord, Eysines) sont devenues la proie des promoteurs immobiliers. La compensation est en partie faite avec les produits Espagnols dont l’arrivée a précipité la disparition d’autres producteurs, notamment de fruits. Dans les années 1980, les abattoirs atteignent près des 20 000 tonnes d’abattage mais doivent faire face  aux exigences de mises aux normes coûteuses. Avec le soutien avec des opérateurs, Claude Scipion construit alors un projet d’abattoir public sur la zone de Tartifume à Bégles. Le site a de gros avantages : il est desservi par la rocade, la voie fluviale et par le rail.

C'est un immense centre commercial que la municipalité de Bègles a préféré construire à l'endroit même où les élus communistes voulaient installer un abattoir public moderne et utile. (photo:<a href="http://www.vues-aeriennes-bordeaux.fr" target="_blank" title="Bordeaux">Bordeaux vue du ciel</a> )

Seul défaut du projet : il est porté par un élu communiste et le maire du territoire sur lequel cet abattoir pourrait voir le jour l’est lui aussi. À ce titre et à ce seul titre le projet est reporté en permanence. Il faut bien tenir l’accord de gestion entre Chaban et le Parti socialiste,…

En 1983, l’augmentation du nombre de conseiller communautaire permet à Chaban Delmas de retrouver son siège de président, dès lors le projet d’abattoirs sur Bégles est condamné, ils resteront sur Bordeaux. Les investissements démarrent à coup de millions, pendant ce temps les grandes surfaces étendent leur emprise tentaculaire sur l’agglomération. Chaque maire veut la sienne sans mesurer les conséquences nocives qui vont se faire sentir très rapidement :

     – fermeture des commerces de quartiers donc de proximité, dévitalisation des centres villes dans lesquels s’implantent en grand nombre les banques, assurances et agences immobilières. Le résultat c’est qu’aujourd’hui la CUB dépense des millions d’euros pour revitaliser les centres villes. Les boucheries du coin disparaissent celle de Carrefour de Mérignac devient la plus grande de France

     –  des temples de la consommation qui nécessitent nombre d’accès routiers avec forte participation de la CUB sur son budget voirie. Ces grandes surfaces sont des aspirateurs à voitures. Pour mémoire l’agglomération est en tête au palmarès du nombre de mètres carrés de surface commerciale par habitant (1 200 m2 pour 1000 habitants en 2010 quand la moyenne nationale est de 1 000 m2 pour 1000 habitants).

     – les producteurs locaux disparaissent, l’Europe l’exige, pendant ce temps les géants de la bouffe ont leurs propres abattoirs, leurs propres filières de découpe et ils n’ont toujours aucune obligation de s’approvisionner auprès des producteurs locaux comme le réclament les élus communistes.

À chaque baisse du tonnage abattu, de nombreux conseillers communautaire de droite mais aussi de gauche, feignent de s’étonner et montrent la véritable face de leur objectif : la privatisation. Contre cela le groupe des élus communiste et apparentés  a souvent été seul. Il le fut en tous cas lorsqu’ils s’est agit de voter contre la fermeture pure et simple de ces abattoirs. Avec force d’arguments et avec l’appui des personnels qui ont toujours gardé le sens des responsabilités pour accomplir leur mission, cherchant des débouchés nouveaux. Seuls les communistes donc, nous confirmons,  n’ont jamais  déserté le terrain  de la défense de ce service public.

Cette pugnacité commune aurait couté cher à la collectivité ? Certainement cet argent aurait-il été plus utilement dépensé si une salle de découpe avait été construite, comme nous le demandions avec les personnels. Mais l’absence d’investissements nouveaux n’était peut-être pas innocente…

Mais, sérieusement, au regard des enjeux de sécurité alimentaire, de santé publique; Et surtout, quand on regarde de près, avec les yeux de la bonne foi, les sommes engagées par les collectivités dans les voiries, les réseaux, les réalisations de dessertes en transports en commun destinés à irriguer les monstres commerciaux… Mais aussi les coûts de traitement des déchets, des eaux pluviales de surface que produisent les grandes surfaces… Et quand on examine le coût social de ces mastodontes… Et le coût de la revitalisation des centres ville… On se dit que les communistes ont eu raison de se battre contre le libéralisme qui sévit dans un domaine vital : celui de se nourrir sans risque tout simplement. »

Une réflexion sur « Quelques précisions sur les abattoirs… »

  1. je partage pleinement ce qui est dit mais je souhaite ajouter que les travailleurs de cet outil n’ont été pris en considération que peu de temps avant la fermeture d’où ma réaction aux divers reportages de Sud-Ouest envers les journalistes et les acteurs culturels pour les inciter à venir voir ce qui se passe dans les services publics avant que ceux-ci ne deviennent privatisés et y décrire le fabuleux travail exercé par les salariés.

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